14 h 10 : reprise de l'audience. Maître Soulez-Larivière soulève à nouveau le point "problématique" de la présence ou non des experts dans la salle. Il souhaite que les experts cités par la défense puissent assister aux débats.
Le président dit qu'il ne sera pas "plus royaliste que le roi" et que si les parties civiles sont d'accord, il ne s'opposera pas à la demande de maître Soulez. Celle-ci soulève des protestations de la part des parties civiles, rejointes en cela par le procureur de la république, qui réfute le terme "experts de l'accusation". "Ce ne sont pas les experts de l'accusation, ce sont les experts de l'instruction. Je sais très bien que vous êtes tentés par une procédure à l'américaine, avec des experts de l'accusation, mais ce n'est pas du tout le cas ici". Le président explique qu'en l'absence d'agrément des parties civiles, les choses restent en l'état. Il revient ensuite sur les débats de la veille, condamne les écarts de langage et annonce qu'à la prochaine incartade, le tribunal se retirera, jusqu'à "ce que les esprits se calment".
14 h 35 : le tribunal appelle Véronique Rey, ingénieur au laboratoire de police scientifique de Toulouse. Madame Rey explique que son service a été réquisitionné par le SRPJ (service régionale de police judiciaire). Sept personnes ont été mobilisées pendant plus d'une semaine. Les constatations ont duré plus de dix semaines. "Nous sommes arrivés une heure après l'explosion, sans savoir s'il y avait un risque toxique. [...] Il a été décidé de maintenir une présence de scientifiques constante sur le site car toutes les causes sont envisagées. Il a également été décidé la présence de scientifiques à toutes les réunions de travail, ainsi qu'à certaines auditions". Véronique Rey explique qu'elle va présenter des clichés photographiques, pour appuyer son exposé. Elle dresse la liste des dégâts sur les bâtiments de l'usine. Les premières investigations sur le cratère ont lieu le 24 septembre. Véronique Rey détaille minutieusement les enquêtes, les déblaiements effectués dans le but, par exemple, de fouiller les versants du cratère. Le témoin raconte que les déblaiements ont permis de mettre au jour des vestiges de bâtiments incrustés de nitrate d'ammonium. Mme Rey décrit les impacts de l'explosion sur les murs des bâtiments 221 et 222 dont certains vestiges ont été retrouvés à plusieurs centaines de mètres de là. Elle évoque également les opérations de "raclage" des dalles du 221 et parle de plusieurs couches de nitrate d'ammonium. Dans la pente intérieure du cratère, on retrouve des blocs ferraillés qui font penser à des éléments de maçonnerie antérieure.
Véronique Rey explique la nécessité de vidanger le cratère, les 7 et 8 novembre 2001,afin de permettre l'examen du fond du cratère. "Un îlot central apparaît. Aucun indice n'est découvert, aucun élément explosif..." Les enquêteurs recherchent alors d'éventuelles canalisations anciennes qui auraient pu servir de "piège" à nitrates d'ammonium. Aucune canalisation n'est retrouvée.
L'ingénieur-témoin parle alors de la visite dans le hangar 335, dit "demi-grand". "A notre arrivée, on constate qu'il règne dans ce bâtiment un très grand désordre". Sur les photos qu'elle projette, on peut voir un amas de sacs blancs, sens dessus dessous. Mme Rey explique qu'un sac de DCCNA y est retrouvé, qui est placé sous scellés. Elle indique que 382 prélèvements ont été effectués, dont 147 le premier jour.
Le président prend la parole pour dire qu'il est embarrassé car cet exposé, tel qu'il vient d'être fait, ne figure pas dans le dossier. Il pose quand même ses questions : "Pour permettre à l'engin Schuller de récupérer le nitrate d'ammonium, on va construire un mur de
15 h 45 : le témoin suivant vient à la barre. Il s'agit de Dominique Deharo, expert déjà entendu. Il vient parler aujourd'hui de l'analyse des prélèvements sur le site, dans le cratère et dans certains véhicules comme celui d'Hassan Jandoubi. Dans ce dernier, les enquêteurs ont recherché des traces d'explosifs. M.Deharo décrit les effets retrouvés dans les affaires personnels d'Hassan Jandoubi : y figurent notamment un caleçon et un slip, tous deux de taille M. Des traces d'explosifs ont été cherchées sur plus de 500 scellés. 15 d'entre eux ont été envoyés dans un service spécialisé en recherche de traces d'explosifs, dont des débris métalliques, des frottis effectués sur les piliers métalliques des bâtiments 221 et 222, ainsi que les vêtements des trois salariés retrouvés à proximité du cratère. L'inventaire des vêtements portés par Hassan Jandoubi au moment de sa mort est le suivant : un pantalon bleu, une ceinture, un caleçon, un short, un tee-shirt, des chaussettes, une chaussure. Les vêtements étaient souillés de terre, aucune trace d'explosif n'y a été retrouvée. Dominique Deharo évoque la découverte d'un sac industriel éventré, retrouvé par les salariés d'AZF à proximité du "bâtiment laboratoire". Ce scellé contenait une matière hétérogène : des agrégats de couleur blanche (de l'acide isocyanurique majoritaire), du plastique et de la terre, entre autres. "Nous en avons déduit qu'il s'agissait de déchets divers, destinés à l'élimination. Le contenu de ce sac n'est pas le résultat de l'explosion".
Le président veut avoir une confirmation. "Vous avez prélevé 527 scellés pour en déterminer 15 sur lesquelles les recherches ont porté" "Oui, monsieur le président, nous avons fait un tri", répète Dominique Deharo
Maître Jean-Luc Forget demande au témoin si l'analyse des prélèvements a révélé la présence de DCCNA. Réponse négative. "Qu'en est-il du chrome ? En avez-vous trouvé sur les vêtements d'Hassan Jandoubi ?", continue l'ancien bâtonnier. Oui, mais en toute petite quantité et cela peut s'expliquer par la proximité du corps du manutentionnaire avec le hangar 221, selon le témoin-expert.
Claudie Viaud, vice-procureur, demande si la pluie qui a rempli le cratère n'a pas altéré la qualité des prélèvements. L'expert le reconnaît.
Maître Mauricia Courrégé prend la parole. "Avez-vous trouvé trace d'acide cyanurique, produit de la décomposition du DCCNA ?" "Non", répond Dominique Deharo. L'avocate décortique prélèvements et analyses : elle sous-entend qu'il n'y en a pas eu beaucoup. Elle veut avoir quel volume représentaient les 15 prélèvements envoyés pour analyse, sachant qu'ils pesaient quelques 600 kilos. Elle s'étonne de ce qu'il est noté que M.Géronimi a déposé les prélèvements, alors "qu'on a pu voir qu'il n'avait pas précisément la carrure d'un déménageur..." M.Deharo explique que "déposé" ici veut dire "enregistré. Maître Courrégé revient sur les 15 prélèvements sur lesquels ont été cherchées des traces d'explosifs. "Quand les prélèvements ont-ils été effectués ?" "Peu après le 10 octobre 2001", répond Dominique Deharo. L'avocate demande si la police scientifique a effectué des recherches d'explosifs peroxydés. Réponse négative. M.Deharo décrit les propriétés des explosifs peroxydés : "Ici, il était illusoire de rechercher de TATP (explosifs peroxydés), vue l'étendue des dégâts". "Est-ce qu'en 2001, les laboratoires concernés étaient équipés pour rechercher de l'explosif peroxydé ?" Dominique Deharo répond par l'affirmative.
Maître Bonnard demande au témoin s'ils auraient trouvé des traces d'explosif si ce dernier s'était trouvé dans un carton, enfermé dans le coffre de la voiture d'Hassan Jandoubi. Dominique Deharo explique qu'ils ont cherché toutes les grandes familles d'explosifs. L'avocate veut savoir s'il existe des photos des deux inventaires contradictoires du contenu du sac de Jandoubi. M.Deharo pense que non.
Maître Bonnard demande à Dominique Deharo si la police scientifique a pu être propriétaire d’une camionnette blanche que l’on aperçoit sur des photos après l’explosion et dont la défense cherche l’origine. « Nous ne possédons pas de camionnette », indique M.Deharo. le président sourit : « La thèse du terroriste qui reste sur le site avec sa camionnette… »
Maître Soulez-Larivière s’étonne du nombre restreint de scellés envoyés à Paris pour la recherche de traces d’explosifs. Dominique Deharo rappelle qu’un scellé peut contenir plusieurs prélèvements. Maître Montferrand rappelle que M.Deharo a parlé d’un scellé contenant du papier huilé. Il croit savoir que les terroristes s’en servent pour envelopper leurs engins explosifs. M.Deharo indique qu’il s’agit de paraffine.
M.Serge Biechlin avait indiqué qu’il souhaitait prendre la parole. Finalement, il dit qu’il ne veut pas perdre son temps.
Il est 16 h 55, le tribunal ordonne une suspension de vingt minutes.
17 h 20 : l'audience reprend. Le président Le Monnyer s'adresse à Serge Biechlin, lui demandant de s'abstenir de réaction telle qu'il en a manifesté avant la suspension. Puis le tribunal appelle le témoin suivant, M.Languy, ancien salarié de
Le président : "Avez-vous remarqué des choses incohérentes avec la puissance estimée ?". "On n'a rien vu d'étrange, par exemple des bâtiments qui seraient partis dans le mauvais sens. Cela correspondait bien à ce qu'on avait estimé", répond M.Languy. Le président : "Est-ce que vous savez que vos travaux ont été soumis à un organisme très réputé, TNO, aux Pays-bas ?" "Oui, oui, je le savais. Je l'avais conseillé à M.Surocca, le directeur de
Le président : "La question qui fâche... A votre sens, est-il envisageable qu'un phénomène explosif ait pris naissance sur le site de
Maître Jacques Monteferrand, avocat de la défense, insinue que le témoin est ami avec le directeur de
18 h 05 : le tribunal annonce que l’expert Daniel Van Schendel va procéder à un exposé sur les endommagements constatés. M. Van Schendel n’a pas besoin de prêter serent puisqu’il a déjà été entendu. Il explique qu’ils ont rapidement appris que le hangar 221 contenait du nitrate d’ammonium agricole et du nitrate d’ammonium industriel, entre 200 et 300 tonnes, selon les informations fournies par René Maillot, le n°2 de l’usine. Il indique que les bâtiments 221 et 222 se jouxtaient, sans séparation physique.
M. Van Schendel dresse la longue liste des dégâts, qui rejoint l'exposé de Véronique Rey. Il explique qu'au bout de dix jours, "il est apparu important d'avoir d autres moyens" Il s'agit de photos aériennes, qui seront réalisées début octobre, et des déblaiements pour trouver les dalles du 221 et du 225.
Puis, à propos des dalles, il montre des photos de "croûtes" épaisses de nitrates. Il évoque également l'effet cruciforme de l'explosion, c'est-à-dire des dépôts de terre éjectée plus importants vers l'ouest.
Le convoyeur, structure métallique verte servant à transporter des matériaux de la tour de granulation au hangar I0, est l'élément le moins endommagé, à proximité du cratère. Toutes les photographies montrées par Daniel Van Schendel révèlent, dans le détail, un paysage de dévastation, rarement vu dans les publications diverses. Les clichés aériens sont particulièrement frappants et explicatifs.
Le récit de l'expert s'éloigne peu à peu du cratère. La liste des dégâts répertoriés est extrêmement précise, forcément longue.
Daniel Van Schendel explique qu'ils ont pu reconstituer l'emplacement des tas d'ammonitrate, en fonction des renseignements tirés de l'étude du cratère. Il explique qu'ils ont cherché si les endommagements n'étaient pas révélateurs d'une autre explosion. Et constaté des dégâts "très sérieux"dans la rue Bernadette, à
Puis l'expert entame la description des dégâts constatés à
Le récit de l'expert s'éloigne peu à peu du cratère. La liste des dégâts répertoriés est extrêmement précise, forcément longue.
Daniel Van Schendel explique qu'ils ont pu reconstituer l'emplacement des tas d'ammonitrate, en fonction des renseignements tirés de l'étude du cratère.
En conclusion, il parle d'une très forte convergence entre la position du tas de nitrate d'ammonium et la forme du cratère. Il exclut des "désordres spécifiques liés à une autre explosion, à AZF ou ailleurs". Le président du tribunal correctionnel de Toulouse demande quelques précisions sur la nature des dégâts, autour de la tour de prieling notamment. Pour la première fois, M. Van Schendel paraît un petit peu sur la défensive.
Le procureur Patrice Michel questionne le témoin sur la forme du cratère que M. Van Schendel a qualifié de "tétine". Le Parquet veut savoir si cet effet est fréquent. "Pas vraiment", répond M. Van Schendel. "C'est la première fois qu'on est confrontée à une tétine, et à une telle explosion en général. Les charges allongées ne sont pas fréquentes".
A 19 h 40, la parole est donnée à la défense. Le président indique que si les questions doivent durer, une partie d'entre elles sera remise à demain matin. Maitre Mauricia Courrégé assure qu'il n'en sera rien. Maître Bonnard lui succède pour dire que M. Van Schendel s'appuie sur la photo d'un camion écrasé par le convoyeur, en tirant non pas des conclusions mais des éléments, alors qu'une photographie antérieure montre que le camion a été retourné. "Pour le sens de la détonation, on n'en a pas tenu compte", répond M. Van Schendel. L'avocate de Serge Biechlin confronte les termes utilisés par l'expert et ceux dont a usé le commissaire Saby pour parler de la pente du cratère ("Une langue", a dit le policier). "Vous pouvez garder les termes que vous voulez, ça changera pas la pente!", lui répond Daniel Van Schendel.
Le tribunal veut savoir si les experts ont retrouvé trace du mur de
Le président veut savoir s'ils ont pu cacher des éléments aux magistrats, afin de conserver leur confiance. "On a le devoir de faire passer nos difficultés. On était à la disposition et aux ordres des magistrats", répond M. Van Schendel.
Maître Daniel Soulez-Larivière rassure le tribunal, en disant qu'il sera bref, puisqu'un expert cité par la défense va venir, mardi prochain, "démonter" les conclusions des experts judiciaires. Il veut néanmoins savoir si le terme "cruciforme" utilisé pour décrire l'effet de la détonation est technique. M. Van Schendel explique qu'il a voulu imager mais que le terme, sans être technique, est juste. L'avocat de Grande Paroisse veut aussi savoir pourquoi les experts ont abandonné la thèse d'une explosion au coeur du tas de nitrates. Et pourquoi l'exposé de M. Van Schendel ne fait pas mention de cette première affirmation qui s'est révélée être erronée. "Pourquoi n'arrivez-vous pas à reconnaître une erreur commise ?", demande Maître Soulez-Larivière. Il rappelle également l'erreur concernant la photo d'une structure métallique enroulée, erreur relevée par le président tout à l'heure. "Est-ce que je pourrais entendre la phrase : "On s'est trompé de photo"?", insiste Me Soulez-Larivière. Mais Daniel Van Schendel se défend encore.
Maître Alain Lévy veut répondre à Daniel Soulez-Larivière, en demandant au témoin-expert : "Pourquoi vous n'indiquez pas que vous avez évolué dans vos constatations ?" M. Van Schendel pense l'avoir fait.
20 h 08 : l'audience est suspendue. Elle reprendra demain à 9 h 30.
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